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SRP+10 or not SRP+10, that is the question

SRP+10 or not SRP+10, that is the question

« Il faut un système plus simple de relations commerciales »

 

Alors que les parlementaires se penchent à nouveau sur les lois EGAlim, le débat autour du SRP +10 a repris. Le SRP +10 est la mesure de la loi EGAlim, votée en 2018, qui impose aux distributeurs de pratiquer sur les produits alimentaires un prix au minimum 10 % supérieur au seuil de revente à perte, donc une marge minimale obligatoire de 10 %.

Cette mesure était une expérimentation censée durer deux ans qui a été prolongée déjà deux fois et échoit le 15 avril. Alors qu’aucune évaluation sérieuse ne permet de la soutenir ou de la réfuter, les députés ont voté lundi 17 mars une nouvelle prolongation de la mesure, cette fois pour un an.

 

Qui est pour ? Qui est contre ?

En gros, tout le monde souhaite cette prolongation sauf Michel-Edouard Leclerc et les associations de consommateurs qui prétendent un peu vite que cette mesure leur a coûté des milliards (comme si tout était vendu à zéro avant !).

Le SRP +10 introduit par la loi EGAlim était censé être la source du ruissellement vers l’amont (joli oxymore) et le coup d’arrêt à la guerre des prix. Prétendre qu’elle a permis une amélioration du revenu agricole est pour le moins spécieux. Rien ne le démontre clairement. Les évolutions des principaux prix agricoles (le lait notamment) ont plus fluctué en parallèle de ceux de nos voisins qu’en fonction des décrets de promulgation.

 

Alors, pourquoi maintenir le SRP +10 ?

En six ans déjà, cette mesure a modifié les équilibres économiques des entreprises de la filière. La supprimer serait prendre un risque inconsidéré :

Le SRP +10 a « sécurisé » les marges de beaucoup de grandes marques pour les distributeurs, donc l’intérêt à en maintenir le linéaire et, in fine, les parts de marché. C’est une atteinte à la libre concurrence et une barrière à l’entrée pour les petits et les innovants ; mais abandonner ce SRP +10 serait un chamboule-tout dangereux, surtout juste après la clôture des négociations qui ont été âprement menées sur cette base.

Il a permis de déplacer des masses de marges vers d’autres leviers pour attirer et garder le chaland, notamment les programmes de fidélité, bien plus fournis qu’il y a six ans. II est impossible de les abandonner sauf à mécontenter gravement les clients.

Ce serait prendre un risque majeur sur les marges et sur l’équilibre des parts de marché des enseignes. Irresponsable et dangereux pour les distributeurs les plus en difficulté. Casino et Auchan en ont aujourd’hui un besoin vital. Carrefour aussi, dont le cours bien faible serait touché par un abandon de la mesure. Intermarché a également besoin de marges pour financer sa reprise de Casino.

 

Le système a changé

La volonté de Leclerc d’abandonner cette mesure est à double sens. Elle relève d’un combat historique pour le pouvoir d’achat et la liberté des prix. Elle est aussi très intéressée : Leclerc est celui qui a les coûts de fonctionnement les plus bas et qui est aujourd’hui le moins engagé dans des investissements de croissance externe. Autrement dit, celui qui aurait la plus grande capacité à baisser les prix et donc à creuser à nouveau un écart significatif avec ses concurrents, propice à redynamiser ses gains de parts de marché. Ses compétiteurs les plus fragiles perdant alors, au choix, des parts de marché ou de la rentabilité. Dilemme impossible.

Cette mesure, sans fondement sérieux à l’origine, a fini par trouver sa légitimité en ce que les modèles économiques se sont modifiés depuis six ans en s’appuyant dessus.

Il faut revenir à la raison et à un fonctionnement plus normal du marché. Ainsi, il semblerait logique d’abandonner le SRP +10, mais pas maintenant et pas si brutalement, au sortir de négociations figées pour un an. Dominique Schelcher rappelait à raison qu’il est intrinsèque d’EGAlim. Revenir dessus suppose de changer l’ensemble : il faut en effet repenser tout le système des relations commerciales. Faire plus simple, plus libre, plus cohérent avec les règles naturelles de l’économie, plus compatible avec l’Europe. Un EGAlim base zéro en quelque sorte.

 

Une version de cette tribune a été publiée dans Les Echos le 19 mars 2025 : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/srp-10-il-faut-un-systeme-plus-simple-de-relations-commerciales-2154769

Philippe Goetzmann & » est une agence conseil qui opère dans le retail, la filière alimentaire et l’économie servicielle. Nous accompagnons les dirigeants dans l’analyse des marchés, l’élaboration de la stratégie, le marketing de l’offre et les relations institutionnelles.

Philippe Goetzmann est administrateur de Ferrandi et de ESCP, préside la commission commerce de la CCI Paris Ile-de-France et est membre de l’Académie d’Agriculture de France.

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