Sur X, l’INSEE propose une infographie particulièrement intéressante sur l’évolution du budget des ménages, disponible sur le Tableau de Bord de l’Economie Française.

Les faits sont là ! L’immobilier pèse bien plus lourd dans le budget des ménages et l’alimentation bien moins qu’il y a 60 ans. C’est un discours d’ailleurs souvent entendu pour expliquer ou justifier les difficultés de la filière alimentaire.
Pourtant, ces chiffres méritent d’être nuancés et interprétés, car il n’y a pas de vase communicant comme le titre de l’INSEE pourrait le laisser comprendre.
D’abord, côté logement : la dépense, à iso-budget, a donc augmenté de 39 %, ce qui est considérable. Nous serons tous prompts à évoquer le prix des loyers et de l’énergie. Certes, il y a à dire. Mais c’est surtout la structure des ménages qui est la cause de cette envolée. Sur la même période, la taille des ménages est passée de 3,1 à 2,1. Ainsi, pour loger 100 personnes, il fallait 32 logements en 1965, il en faut aujourd’hui 47 ! Une hausse de… 44 %. Ce qui pèse sur le budget, ce n’est pas tant le prix du logement que le fait que nous en supportions beaucoup plus par tête d’habitant, ou que la taille de ces logements n’a pas baissé avec celle des ménages.
Côté alimentation, deux remarques sont à apporter. Les chiffres, d’abord, doivent être complétés. En effet, ils concernent les achats de biens, sans les services, c’est-à-dire sans la restauration. Les données détaillées de l’INSEE indiquent ainsi que les dépenses de cafés, hôtels et restaurants sont passées de 5,2 à 9,1 %, soit une hausse de 75 %, représentant près de 40 % de la baisse de l’alimentation. Eh oui, nous mangeons de plus en plus hors domicile !
Ensuite, il faut rappeler la « loi d’Engel » : on sait depuis 1857 que la part consacrée à l’alimentation est une fonction décroissante du revenu, ce qui se vérifie à l’échelle individuelle comme à l’échelle des nations. Les plus riches consacrent une part moins importante de leur budget à l’alimentation que les plus pauvres. Logique, puisqu’une fois la faim éradiquée, le surplus de revenu est investi dans d’autres biens et services.
Ce ratio ne dit rien de la valeur. D’ailleurs, en euros constants, France Stratégie observait en octobre 2021 que la dépense alimentaire avait été multipliée par 2,7 depuis les années 60 ! Et la plupart des pays où la dépense alimentaire des ménages en euros est supérieure à celle de la France dépensent moins en part du budget.
Ainsi, comparer logement et alimentation est un constat, pas une causalité. Nos problèmes sur les deux postes sont la faiblesse du pouvoir d’achat pour les deux et le déficit d’offre pour le logement.
