+33 6 18 13 36 95
Image
C’est dans toute la chaîne de valeur du commerce que la souveraineté doit s'imposer

C’est dans toute la chaîne de valeur du commerce que la souveraineté doit s'imposer

Le concept de souveraineté, apparu lors du confinement de 2020, a depuis fait florès. Mis à toutes les sauces, il a dérivé en hostilité au libre-échange et sert de paravent à nos manques de compétitivité et d’étendard à la tentation souverainiste. On en oublie le sens : est souverain celui qui est libre de choisir ses dépendances. Cela souligne l’importance de la capacité de décision.

 

Le sujet est le plus souvent abordé en alimentaire, jusqu’à la tenue, en ce moment, des conférences de la souveraineté, centrées sur l’amont. À l’autre extrême de la chaîne, le développement des plateformes digitales, américaines et surtout chinoises, entraîne un rejet de ces acteurs qui mettent incontestablement en danger le commerce.

Les deux sujets sont traités séparément. Pourtant, il s’agit d’une chaîne parfaitement solidaire qui part du client. Nous pouvons avoir une capacité productive, alimentaire comme non-alimentaire, mais si le consommateur ne l’achète pas, elle est inutile. En conséquence le raisonnement doit s’appliquer en remontant la chaîne de valeur.

Le commerce est donc clé dans toutes les questions de souveraineté. La fermeture d’une usine ou son passage sous pavillon étranger inquiète légitimement. Celle d’une enseigne suscite largement l’indifférence. Quelle erreur ! Le commerce en France est pour l’instant largement français : les centres de décision sont ici, le commerce indépendant est majoritaire et les administrateurs et dirigeants des groupes sont quasi unanimement Français. Malgré toutes les critiques dont ils sont l’objet, les commerçants restent naturellement sensibles à leur écosystème comme aux orientations politiques. Imaginons un instant que la grande distribution prenne ses ordres depuis Amsterdam, Berlin, voire Chicago ou Shanghai : le risque serait alors grand que le travail sur la souveraineté de l’amont n’ait aucun soutien et ne soit évalué que sous l’angle des coûts.

Cette question n’est plus une hypothèse ; c’est désormais un risque. Voyons l’évolution de Stellantis, dont le capital est largement étranger, les dirigeants italo-brésiliens et le siège néerlandais ! Il n’y a pas de souveraineté sans maintien des centres de décision en France et sans compétitivité, qui est le meilleur rempart. Le Parlement enquête sur la répartition des marges ou les centrales européennes ! Il serait mieux avisé d’observer la faiblesse de la valeur ajoutée d’un secteur plombé comme d’autres par les prélèvements obligatoires qui grèvent ses capacités d’investissement et mettent en danger la souveraineté future du commerce.

Pour être performant et contribuer aux intérêts du pays, le commerce français devra être plus fort, donc plus rentable. Il devra aussi atteindre la taille critique lui permettant d’aborder le virage de l’IA. Face aux mastodontes chinois et américains qui ont le bénéfice d’une grande taille de marché, la souveraineté devra sans doute être européenne par des consolidations ou des coopérations.

Avoir des commerçants puissants est une nécessité nationale et européenne. Si le commerce demain est dominé par d’autres nations, l’agriculture, les industries de consommation, la monétique, la digitalisation, seront à la merci de décisions sur lesquelles le pays n’aura plus de prise.

 

Cet article est également paru le 03 juin 2026 dans la revue Repères n°770 de mai-juin 2026, page 19, de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé : https://www.commerce-associe.fr/edition/reperes-n770-de-mai-juin-2026/ 

Philippe Goetzmann & » est une agence conseil qui opère dans le retail, la filière alimentaire et l’économie servicielle. Nous accompagnons les dirigeants dans l’analyse des marchés, l’élaboration de la stratégie, le marketing de l’offre et les relations institutionnelles.

Philippe Goetzmann est administrateur de Ferrandi, de ESCP Business School et de l’Institut du Commerce, membre de la CCI Paris Ile-de-France et de l’Académie d’Agriculture de France et expert associé au Club Demeter.

Partager ce contenu :