S’il est un sujet qui en France a de tous temps été un motif de rassemblement, c’est bien l’alimentation. Force est de constater qu’elle est devenue un objet de polémiques, un sujet d’injonctions, de réaction, de morale, d’idéologie parfois.
En 1882, la République institue l’école gratuite, laïque et obligatoire. L’année suivante, Jules Ferry précise sa pensée : « assurer la liberté de conscience … distinguer deux domaines trop longtemps confondus : celui des croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances, qui sont communes et indispensables à tous… » J’adore la distinction entre croyances et connaissances !
Clairement, le rôle de l’Ecole est de former des citoyens libres de leurs choix parce que compétents, capables de comprendre et d’agir en responsabilité à partir d’un savoir solide.
L’alimentation est, sans aucun doute, un des sujets majeurs de notre époque. Elle conditionne notre santé, notre environnement, notre économie aussi. L’acte de manger, et d’abord d’acheter et choisir, réalisé chaque jour par nous tous, est donc un des plus importants pour soi-même comme pour la société entière.
Manger est aussi et d’abord un plaisir. Il doit rester libre, préservé des injonctions, des interdits sociaux et moraux, voire du marketing de la peur, qui saturent l’espace médiatique.
Dans un monde où l’alimentation se transforme profondément et où la transmission des savoirs culinaires s’étiole, il est vital de développer les savoirs des consommateurs pour qu’ils soient libres et responsables. Comprendre un produit, une étiquette, une recette, une origine, un équilibre alimentaire, décoder une publicité, le discours d’un influenceur, sont essentiel et ne se réduiront jamais à une note, aussi utile soit-elle.
Cette montée en compétence concerne tout le monde. C’est un long travail. C’est pourquoi il faut le commencer tôt. C’est tout le sens de l’Ecole de l’alimentation portée par Open Agrifood Initiatives. Mais il faut aller plus loin. Sans attendre que les consommateurs de dans 15 ans soient mieux formés, il nous faut dès aujourd’hui développer le savoir alimentaire des consommateurs/acheteurs.
S’en remettre uniquement aux scores est insuffisant. « On n’est pas là pour faire maigrir les maigres », c’est-à-dire donner des outils à ceux qui s’intéressent déjà le plus à leur alimentation. Il s’agit d’aider les plus éloignés d’une bonne alimentation à en appréhender les codes, à exercer leur libre arbitre.
Nous n’avons jamais disposé d’autant de bons produits abordables et nous mangeons de moins en moins bien. Au-delà du produit, la filière alimentaire doit appréhender la question des usages (tels qu’ils sont, pas tels qu’on trouverait bien qu’ils soient). Donner l’information mais aussi se préoccuper de savoir comment les consommateurs l’utilisent. Former à l’alimentation à tous les âges. Pourquoi pas donner des cours en magasin. Bien sûr donner des renseignements sur les packagings mais aussi sur les cartes de restaurant (pas que la composition, les effets également). La liste des possibles est longue.
« On est là pour faire réussir le client ». S’ils sont là pour faire mieux manger les Français, alors producteurs, industriels, distributeurs, restaurateurs ont une responsabilité commune. La même qui a présidé à l’Ecole de l’alimentation. Faire des consommateurs libres et responsables.
Voilà un vrai projet collectif et créateur de valeur pour l’ensemble des maillons de la filière.
