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Industrie – commerce : match NUL

Industrie – commerce : match NUL

Jérôme Parigi, directeur adjoint de LSA titrait la semaine dernière « Industrie 1 – Distribution 0 ». C’est en effet le premier sentiment qui a prévalu à la présentation du rapport sénatorial. Nombreux ont été ceux qui s’en sont félicités. Enfin on allait faire rendre gorge aux distributeurs.

 

J’ai la chance de travailler autant avec l’industrie qu’avec la distribution. J’essaie d’avoir une position équilibrée, sans manichéisme, avec comme seule boussole la création de valeur pour la filière.

Ma conviction ici est que ce rapport est une occasion manquée, comme celui de Charles Alloncle sur l’audiovisuel public et tant d’autres. Ce qui aurait pu analyser les véritables maux français et accoucher de solutions pour redresser la tête n’aura finalement été que le quart d’heure warholien de parlementaires qui n’ont plus guère d’occasion d’exister.

Les relations industrie-commerce sont épouvantables en France. Leur spécificité est l’excès d’encadrement et la rigidité d’un système à bout de souffle qui empêche les entreprises de s’adapter aux évolutions des marchés. Certainement pas un manque d’encadrement ou de transparence qui chez nous confine au voyeurisme économique. Je reviendrai prochainement avec des propositions sur le sujet.

En attendant, aucun des maux de la filière n’est traité.

L’atonie du pouvoir d’achat, en fait du PIB/habitant ? Rien ! Pourtant, le niveau de la dépense publique bien validée, elle, par nos sénatrices, plombe gravement les coûts des entreprises et la capacité des Français à payer leur alimentation. Disons-le clairement, le principal responsable de la guerre des prix est l’État. Il en est aussi le principal bénéficiaire, en confiant aux distributeurs la responsabilité de contenir les hausses alors qu’il est incapable de relancer le pays. Où passent les marges, Mesdames les sénatrices ? Dans vos poches : dans aucun autre pays la part de l’État dans la valeur ajoutée n’est aussi élevée.

Du coût du travail, de la fiscalité de production, confiscatoire dans notre pays, ou encore du poids écrasant de la surtransposition des normes qui coûte une fortune aux entreprises sans générer aucune valeur ajoutée, notamment à l’export, il n’a pas été question.

Rappelons aussi que la distribution ne porte pas de responsabilité dans l’état de notre commerce extérieur, qui, par la chute libre de notre balance commerciale (l’agroalimentaire a perdu 8 milliards en 10 ans), est le vrai juge de paix de la compétitivité, donc de nos politiques publiques.

En matraquant la distribution de cette façon injuste et caricaturale – alors qu’il y a beaucoup à dire et à faire – le Sénat n’a fait qu’amplifier la crise de la filière. Certains jettent de l’huile sur le feu ; là, c’est un baril de poudre.

En la traitant de cette façon, en la menaçant de contraintes supplémentaires, le Sénat ne fait que lui donner envie de délocaliser encore plus ses centres de décision et d’échapper à la folie normative française en contractant à l’étranger, en important les produits de chez nos voisins, parfois aussi bons, souvent moins chers.

En voulant contraindre encore plus les relations avec les marques, ils ne feront qu’accélérer le mouvement vers les MDD, dont le potentiel en France est très élevé, tant nous partons de loin. Certains distributeurs les négocient déjà au travers d’appels d’offres internationaux, ce que font de nombreux opérateurs européens, comme Lidl. Prenons garde à ce que l’industrie française ne finisse pas par être exclue de ces marchés, pour des coûts trop élevés, des capacités trop faibles, des risques juridiques excessifs.

Il faut aussi rappeler que, comme l’industrie, et pour les mêmes raisons de fond, la rentabilité de la distribution est trop faible en France. La pénaliser encore plus reviendrait à la fragiliser grandement alors que l’Europe du retail finira par se faire. Rappelons que Tesco ou Ahold ont une capitalisation boursière triple de Carrefour, tout en faisant un peu moins de chiffre d’affaires. Le jour où cela deviendra réalité, les centres de décision seront assurément hors de France tant nos parlementaires auront fait de nos lois des épouvantails. Ce jour, il nous restera les yeux pour pleurer mais un acheteur néerlandais, lui, ne pleure pas, il négocie, dur, et il compte, très bien.

Non, ce rapport n’est pas une défaite pour le retail. Il ne fera pas fuir ses clients. Mieux, il donne à nouveau une tribune inespérée aux patrons des enseignes pour démontrer sur tous les plateaux leur combat pour le pouvoir d’achat, la médiocrité des politiques dont les Français sont hélas déjà convaincus, et dénoncer les hausses de prix demandées par l’industrie. Ce qui est injuste tant la production française a un besoin urgent et vital de redresser sa rentabilité.

Avec ce rapport, le Sénat n’aura désigné que des perdants, et s’est perdu lui-même.

Philippe Goetzmann & » est une agence conseil qui opère dans le retail, la filière alimentaire et l’économie servicielle. Nous accompagnons les dirigeants dans l’analyse des marchés, l’élaboration de la stratégie, le marketing de l’offre et les relations institutionnelles.

Philippe Goetzmann est administrateur de Ferrandi, de ESCP Business School et de l’Institut du Commerce, membre de la CCI Paris Ile-de-France et de l’Académie d’Agriculture de France et expert associé au Club Demeter.

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